Actualités à Madagascar vues par Frantza

SYNTHESE ANALYTIQUE DE LA SITUATION POLITIQUE A MADAGASCAR (2009-2010)

à destination des adhérents et futurs adhérents de Frantza

 
Sommaire

La situation sous le régime de Marc Ravalomanana

Chronique de la démission du président Ravalomanana (17 mars 2009)

La question des prochaines élections présidentielles et de la légitimité du pouvoir de transition

Vers une sortie de crise politique : Adoption de la charte de transition vers la IVeme république

De l'exégèse à l'intelligence économique

Orientations pratiques aux adhérents et futurs adhérents Frantza

 

Objectif

Fournir une analyse synthétique pragmatique neutre et autant objective que possible pour une bonne compréhension des évènements politiques à Madagascar au bénéfice des adhérents et futurs adhérents de Frantza, sans parti pris d'aucune sorte.

L'article est constitué sous forme de chronique mensuelle tenue depuis février 2009 jusqu'à ce jour, mais les rédactions les plus anciennes sont régulièrement résumées.

Des informations multi-sources

Les informations figurant dans cette page proviennent d'une synthèse de l'ensemble des sources d'information dont disposent Frantza France, tant locales à Madagascar qu'en France, et de la veille qui est systématiquement effectuée depuis l'origine du réseau Frantza.

La mise à jour de ce bulletin a été quotidienne à compter du 15 février 2009 en raison de l'évolution rapide des évènements. Depuis le 20 mars 2009, la mutation du régime ayant été constatée, les actualisations suivent le rythme des informations importantes sur une base bi-mensuelle ou mensuelle suivant le contenu de l'actualité.

La situation sous le régime de Marc Ravalomanana

Depuis décembre 2008 la situation était politiquement tendue à Madagascar et s'est exprimée publiquement fin janvier 2009. Les raisons de cette expression étaient profondes et dataient d'une tendance lourde depuis plusieurs années.

Le contexte général

En deux mots, l'ouverture de Madagascar vers le libéralisme, voire l'ultra-libéralisme depuis 2002 à l'instigation de l'ancien Président de la République malgache Ravalomanana n'a pas apporté au peuple les retours économiques attendus en dépit des grandes promesses de prospérité annoncées. Malgré de grands projets de développements économiques et miniers en chantier ou en perspective, se chiffrant en millions de dollars la main-d'œuvre malgache n'y a pas été forcément intégrée (des migrants sont souvent appelés de l'étranger), alors que les investissements massifs des capitaux étrangers sont maintenant possibles, dont le rapatriement en franchise des bénéfices est librement autorisé (Décembre 2007). Aujourd'hui, l'opposition représentée (fin janvier) par le maire de Tananarive (M. Rajoelina alias TGV*) a prétendu remettre les pendules à l'heure en destituant le président Ravalomanna en place.

Le contexte particulier

Sur fond de crise économique mondiale, en sus de la déception populaire du régime actuel, plusieurs facteurs militaient en faveur d'un mécontentement général : comme dans le reste du monde bien souvent, l'inflation grignote des revenus qui ne suivent pas (différentiel d'érosion de l'ordre de 15% par an du pouvoir d'achat) et très récemment des milliers d'emplois ont été supprimés dans les zones franches de Tana comme conséquence de la crise. Par ailleurs, un projet de concession de millions d'hectares de terre arables était avancé avec une société asiatique en vue de produire des produits agricoles à transformer en agro-carburants, et voués à l'exportation presqu'exclusivement (projet gelé actuellement). Or, remettre la terre des ancêtres à des étrangers est "fady", c'est à dire  totalement interdit au regard de la culture ancestrale, d'autant que dans certaines régions en particulier du sud de l'île, les ressources alimentaires sont insuffisantes. A cela s'ajoutait la question des moyens financiers de la récente acquisition du tout flambant avion présidentiel "Force One" à 60 M$US... et la fermeture par la force le 26 janvier de la radio privée Viva de M. Rajoelina qui a mis le feu aux poudres.

La crise politique depuis fin janvier 2009

La couverture de la situation à Madagascar début 2009 a été très mauvaise par la presse française et ne reflétait pas la situation réelle. En effet il s'agissait bien d'une crise politique véritable qui n'a montré que quelques expressions populaires récurrentes annonciatrices des évolutions ultérieures. Le concept qui consistait à résumer la situation sous le vocable d'émeutes n'était pas le reflet de la réalité, le terme de manifestation était réellement plus approprié.

Les pillages qui se sont déroulés le 29 janvier étaient très ciblés contre les intérêts économiques du président dont il était souvent rapportés qu'étaient confondus les intérêts de la Nation avec ceux de l'industriel au pouvoir. "Tikoland" était devenu l'appellation qui désignait Madagascar pour exprimer que le président Ravalomanana est aussi le patron historique du groupe agro-alimentaire Tiko détenant la quasi exclusivité des produits agro-alimentaires de première nécessité, entre autres. Il est également dit ou écrit beaucoup sur cet aspect du régime qu'il serait facile de retrouver pour qui serait intéressé, mais là n'est pas notre but.

Mais par ailleurs, les antananariviens, dont les fonctionnaires, se rendaient à leur travail tous les jours et n'aspiraient (toujours) qu'à la paix sociale. Plus vite la situation aurait été soldée, mieux il en aurait été. Les rassemblements réguliers à Tana de manifestants ne constituaient pas une force de blocage du pays en soi en l'état actuel même si les villes de province, en particulier côtières de l'Est (traditionnellement bastion de l'opposition) commençaient à s'organiser également.

 

Chronique de la démission du président Ravalomanana (17 mars 2009).

Comme l'histoire se répète toujours à Madagascar à chaque décennie, il était extrêmement probable que le régime du Président Ravalomanana aurait fini tôt ou tard par être destitué, ce que nous avions annoncé clairement dès les premiers jours de cette chronique. C'est de la même façon qu'il avait pu accéder au pouvoir en 2002, c'est ainsi qu'il était "programmé" de périr en 2009, car le peuple malgache "n'en voulait plus" (c'était tout simple !) le régime ayant pris une tournure considérée par certains comme dictatoriale.

La situation ne s'est pas enlisée longtemps comme craint à l'origine évitant ainsi un durcissement politique et une radicalisation des positions, comme déjà la "boucherie" du samedi 7 février totalement disproportionnée (mitraillage de manifestants non armés et non menaçants devant le palais présidentiel par ailleurs quasiment désaffecté, mais classé "zone de sécurité rouge" ultrasensible) avait donné des termes de langage à l'opposition.

Les diplomaties internationales ont toujours milité pour une solution légaliste, a savoir, ce qui prendrait la forme d'élections libres, mais rien n'a germé en ce sens au cours de la période d'instabilité.

Il était aussi à prendre en considération la position des bailleurs de fonds, dont le FMI, la CEE et la France avec lesquels le budget malgache est bouclé pour plus de la moitié. Selon les informations détenues, les contributions du FMI avaient été rapidement suspendues, ce qui ne pouvait que mettre le régime en place dans l'embarras rapide.

La situation ne pouvait perdurer - sachant qu'un gouvernement de transition autoproclamé avait déjà été institué "dans la rue" avec désignation de son premier ministre et principaux ministres par les responsables de l'opposition - ,  et s'était trouvée dans l'impasse. La prise de 4 ministères promise pour le 17 février a eu lieu le 19 février vers 17H00, sans aucune violence malgré les barrages policiers (perméables), mais aussitôt "repris" à 03H00 du matin le 20. Autant dire, la mollesse de l'opération qui n'a servi qu'à entretenir une dynamique évènementielle qui ne ressemblait vraiment en rien à un coup d'état... "Andry TGV" est un homme de "Com" il en connait tous les mécanismes...

La situation devait évoluer en fonction des positions de l'armée dont les 5 grands dignitaires étoilés de l'armée avaient déclaré début mars qu'ils sauraient intervenir comme arbitre en entrant dans le jeu - sans se prononcer sur le camp de leur choix qui d'ailleurs pouvait au profit d'un tiers tout autre - en cas de stagnation de la situation actuelle, mais sans aucun esprit de "coup d'Etat", hors de la culture de l'armée malgache.

Les derniers jours de la présidence de Ravalomanana : déroulement jusqu'à l'épilogue

Une première mi-temps : Une trêve inutile pour des négociations vaines

Une période de vaines négociations se sont tenues entre le vendredi 20 février et le mardi 24 entre le Président en titre et le maire (destitué) de Tana "Andry TGV"* sous la médiation de l'archevêque de Tana représentant l'ensemble des églises chrétiennes de Madagascar, durant laquelle une trêve dans les manifestations et l'action de rue et, en contrepartie, des répréhensions des opposants politiques avait été décidée.

Quel décryptage fallait-il faire de cette négociation secrète tout à fait surprenante ? : probablement qu'aucune des parties en présence n'avait les moyens de l'emporter sur l'autre à cet instant, il est probable que cette rémission politique fut l'expression des règles de base de la stratégie en pareil cas : gagner du temps mutuellement.

La trêve ayant pris fin M. Rajoelina a annoncé la reprise des rassemblements publics dès samedi 28 février. Il se rapprochait donc en fait de la position des piliers politiques provinciaux voulant eux aussi faire entendre leur voix ceci d'autant que la représentativité populaire de M. Rajoelina n'avait pas été reconnue sur l'ensemble de l'île par défaut de concertation de sa part, et "ses" négociations secrètes n'avaient satisfait aucunement ces leaders d'opposition.

La sortie de crise pouvait alors venir de la proposition de médiation de l'ONU en la personne de son émissaire spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Haile Menkerios, arrivé sur Tana fin février, proposant une recherche de solution à longs termes (tenue d'élections ?); toute spéculation en ce sens était bien prématurée... Au contraire, il a semblé bien que son arrivée radicalisait les positions, d'autant que l'opposition de toutes les grandes villes de l'île s'était alors regroupée derrière "TGV", ce qui a constitué un point très significatif d'évolution.

Si l'on fait le bilan de cette période, on pourrait résumer la situation au fait que l'Affaire malgache n'avait véritablement évolué que sur un point : l'opposition s'était ralliée derrière "TGV". La seconde mi-temps pressentie durant la "trêve inutile" allait pouvoir débuter.

Une seconde mi-temps : L'échec de la répression des oppositions

Depuis lundi 2 mars, la grève générale illimitée nationale fut proclamée à l'initiative de l'opposition KMD (comité pour la défense de la démocratie)  derrière "TGV" avec mot d'ordre d'occupation permanente de la place du 13 mai à Tana. Les régions s'organisaient en ce sens. Le mouvement fit globalement tâche d'huile. La pression était montée dans le but probable de favoriser la reprise des négociations autour de l'émissaire de l'ONU dont l'appui était recherché pour une orientation espérée favorable à l'opposition... Mais sur Tana, la mobilisation peinait et les estimations "de la foule" sur la place du 13 mai étaient bien poussives (3000 personnes ?). L'appel à la grève générale des fonctionnaires ne s'est jamais concrétisée non plus... C'est finalement dans certaines villes de province (comme à Ambositra ou Fianarantsoa à quelques heures de route au sud de Tana) que l'expression du mécontentement populaire a pris quelques expressions publiques erratiques sans pour autant représenter l'expression populaire dans son ensemble.

Sur Tana, l'Etat a alors concentré ses forces militaires et de l'ordre pour chasser les manifestants en sit-in de la place du 13 mai et ceux dans quelques quartiers de la capitale qui prennent l'initiative de barrages de rues bloquant le trafic routier et les échanges. Il n'y a donc plus eu de manifestations de masse en ville.

Politiquement, l'Etat a joué à la fois la carte du temps (ou du pourrissement) et de la fermeté sur le terrain tablant sur l'exaspération de la grande majorité des habitants qui n'ont guère d'autres ambitions que de se rendre à leur travail, tout comme les agents économiques aspiraient à mener leurs affaires d'autant que c'est finalement l'économie générale qui souffre le plus de cette crise renforcée par la désertification logique des touristes pour la destination de la Grande Ile.

A cela il convient d'ajouter que de manifestes initiatives d'incitation au débrayage dans les entreprises ont été conduites par des "colporteurs" d'opposition à la recherche d'une improbable masse populaire, prosélytisme que le pouvoir alors en place n'entendait guère tolérer. La lutte, la résistance, le combat d'influence, voire l'intimidation se sont firent aussi en sous-mains dans les quartiers. Au risque de voir annuler le sommet de l'Union Africaine prévu à Tana en juillet prochain, le Président Ravaolomanana a alors renforcé ses actions de maintien de l'ordre à Tana ce qui a généré plus de troubles que d'apaisement pour reprendre la main sur le terrain en chassant, voire pourchassant tout attroupement de plus de 4/5 personnes, ces mouvements faisant peur de surcroit aux résidents tranquilles qui évitaient de sortir de chez eux.

L'Affaire - côté politique - est demeurée globalement un rapport de force et de lutte d'influences réciproques un peu trop mou qui a favorisé les initiatives d'action de rue et l'opportunisme d'actes de délinquance incontrôlés. Sans radicalisation ou galvanisation de la population au regard de la situation constatée et en l'absence d'évènements ou faits divers critiques, le mouvement TGV de la capitale s'était enlisé à petit feu par lui-même, seules quelques villes provinciales semblaient plus incisives.  Ce sont des facteurs exogènes convergents (voir plus avant) qui auront fait évoluer la situation politique.

Les prolongations : L'armée a sifflé la fin de la partie

Depuis que nous apprenions dimanche 8 mars à 17H00 qu'une "mutinerie passive" avait éclaté au sein d'un camp militaire de Tana, au motif que les militaires insurgés n'obéiraient plus aux ordres dans le cadre des actions de répression des mouvements populaires, la situation a évolué lentement vers une scission de l'armée sur le plan de son positionnement qui de moins en moins admettait le principe de l'action de répression au profit d'une mission de protection de la population. Par ailleurs, "TGV" s'est placé sous la protection diplomatique de l'ONU ce qui a signé indiscutablement un soutien symbolique. Des procès d'intention relativement à la position des ambassades occidentales dont surtout la France sont dressés pour dénoncer leur appui à "TGV" (voir plus loin à ce sujet). La fédération des églises chrétiennes elle aussi a pris quelque distance avec le pouvoir en place. En clair, et bien que finalement depuis une dizaine de jours on avait à faire à des journées des plus calmes sur le plan de l'action de terrain, le président légitime s'était finalement retrouvé lâché de toute part.

Ce qui est certain c'est que le pouvoir du président Ravalomanana s'est retrouvé totalement affaibli et que les trois grands facteurs clés sous effet convergent qui ont fait basculer le régime ont été :

1- Le basculement politique de l'armée  

2- L'argent des bailleurs de fond qui en fermant le robinet ont asphyxié d'un coup le régime (c'était en cours) 

3- Les positions diplomatiques nationales vis à vis du régime ("TGV" a été l'invité privé sécurisé à l'abri de certaines résidences diplomatiques occidentales durant une dizaine de jours).

Les dés étaient jetés... mais roulaient encore sur la table

Aux nouvelles du samedi 14 mars 2009, le président Ravalomanana avait été légalement déchu par la Haute Cour Constitutionnelle. L'information n'avait pas été confirmée le lendemain alors que  le Président Ravalomanana  tentait de "s'accrocher" au pouvoir au nom de sa légitimité et réclamant un référendum, aussitôt rejeté...

Mais l'armée (dont le chef d'Etat major) s'est mise derrière TGV qui a su après 15 jours de mollesse politique et de clandestinité manifestement se forger toutes les alliances nécessaires à la prise de pouvoir y compris avec les diplomaties occidentales. En fait il aurait fallu attendre pour connaitre la position de la Haute Cour constitutionnelle qui avec le vote des deux assemblées parlementaires auraient pu destituer le président Ravaolomanana. Les diplomaties internationales souhaitaient cette voie de sortie légale. Ce ne fut pas utile :

Monsieur Ravalomanana a démissionné le mardi 17 mars et confié le pouvoir à un directoire de généraux, ce qui ne convient pas à TGV, et dont l'Etat Major de l'armée maintenant derrière lui, refuse la légitimité. La communauté africaine demanda quant à elle à ce l'armée ne porte pas directement au pouvoir "TGV" en s'affranchissant ainsi des règles de légalité / légitimité.

Le directoire des généraux a aussitôt confié le pouvoir aux mains de Rajoalina. Mais déjà des fissures dans le pack de l'ex-opposition à Ravalomanana se sont dessinées, les anciens font entendre leur voix pour s'affranchir de la Haute Autorité de Transition.

L'épilogue

La boucle est bouclée, M. Ravalomanana n'est plus président. Toutefois la légitimité du nouveau gouvernement de transition n'est pas acquise à l'international et a somme toute un arrière goût de coup d'Etat sans violence... Il fallait alors trouver un habillage de légitimité rapidement tant à l'international qu'en interne, sachant que jusqu'à preuve du contraire, ce ne sont que quelques dizaines de milliers d'opposants publics sensés représenter 18 millions de malgaches qui ont fait basculer le régime précédent. La Haute Cour Constitutionnelle a pu prononcer l'installation officielle d'Andry Rajoalina (TGV) et procéder à son investiture officielle le samedi 21 mars mais cette légalisation d'arrière garde, n'a pas convaincu les diplomaties internationales.  A coup sûr la tenue d'élections présidentielles constituerait la seule voie de légitimation possible.

A ce jour seuls la France (1er bailleur de fonds de Madagascar) et le FMI ont accepté de soutenir financièrement le nouveau régime en rétablissant leur aide. Pour le reste du monde, la question de la reconnaissance du régime de transition n'est pas acquise à l'international et quelques dissensions internes s'expriment publiquement encore par les partisans de Ravalomanana.

La longue tradition de prise de pouvoir par une poignée de manifestants de rue s'est encore une fois réalisée à Madagascar avec cette particularité si conforme à la nature malgache qu'un "putsch" peut se produire sans violence comme par consentement passif. Une exclusivité si endémique et tellement heureuse...

 

La question des prochaines élections présidentielles et de la légitimité du pouvoir de transition

La prise de pouvoir de TGV doit toujours être légalisée par des élections libres qui avait été annoncé pour octobre 2010 ce qui indiscutablement constituait une date trop éloignée pour une transition. C'est ce dont il avait été débattu aux assises nationales de début avril 2009 qui toutefois n'auront pas convaincu l'Union Africaine ni l'ONU. Finalement l'UA et l'ONU ne peuvent que déplorer le blocage actuel d'une révision à la baisse des délais de tenue des élections présidentielles.

Voila qui à coup sûr a rasséréné les partisans de M. Ravalomanana (aujourd'hui résident temporaire en Afrique Australe), ce dernier promettant de revenir sur la scène politique et faisant le tour des diplomaties africaines amies à la recherche du meilleur soutien possible. Après des vagues de tentatives d'intoxication sans limites par la communication, M. Ravalomanana travaille le plus intensif  lobbying qui soit, fort du soutien des "légalistes", partisans de Madagascar considérant que M. Ravalomanana a été chassé par une action illégale).La part des malgaches engagés dans une position politique quelconque génère un clivage du peuple en deux parts qui ne parviennent à se concilier.

Les partisans de M. Ravalomanana déchu avaient pris l'habitude d'organiser quotidiennement des  "dia be" (grandes marches) ou des manifestations publiques à Tana de petites dimensions qui étaient immanquablement dispersées par les forces de l'ordre, d'autant que dans cette mouvance se trouvent finalement en arrière plan des casseurs qui cherchent à provoquer une réaction des forces de l'ordre à l'encontre des légalistes auto-revendiqués, et qui de fait perdent en respectabilité. A noter également qu'il n'est pas totalement exclu que des tentatives de manipulation de l'opinion nationale en sous-mains organisaient une répression parfois violente des manifestations par des milices non identifiées, ce qui a permis à deux occasions au cours de la semaine du 18 au 25 avril de générer les gros titres de la presse à l'occasion d'usage des armes répressifs dont il semble bien que les forces de l'ordre officielles n'aient rien à y voir... Bref, confusion sur ce point et manipulation probable sont à déplorer.

La dernière semaine d'avril aura été marquée par une semaine calme à Tana sur le plan des manifestations légalistes et par l'arrestation le 29 avril des principaux membres du gouvernement alternatif pro-Ravalomanana résidant à l'Hotel Carlton (quasi-propriété de M. Ravalomanana) et placés en résidence surveillée.

En mai, il convient de signaler que la CEE s'est prononcée pour mettre au ban le "putsch" de TGV et l'illégalité de la Haute Autorité de Transition, tout comme le FMI maintient le gel de ses aides hormis pour les programmes préalablement agréés, ou encore diverses organisations à vocation économique de la région qui refusent de reconnaitre la légalité du nouveau régime et exclut de facto Madagascar des programmes. Sous peu, l'ambassadeur des USA devrait être rappelé chez l'oncle Tom pour avoir publiquement pris position sur l'exigence d'élection avant la fin 2009, ce qui a fort déplu au titre d'ingérence. Par ailleurs, en Afrique, l'ex-président Ravalomanana est encore reçu et reconnu comme le président statutaire de Madagascar et a accordé une interview à RFI le 14 mai annonçant son retour sur la grande île une fois les travaux du groupe de contact avancés. Enfin de signaler, que l'Arabie Saoudite a signé des pré-conventions économiques avec la HAT pour investir massivement dans différents programmes à Madagascar tout en promettant comme résultante une baisse significative de prix sur les carburants ou autres productions agricoles. Toutefois des négociations sous l'égide d'un groupe de contact multi-polaire international qui ont démarré pour tenter de débloquer la situation  globalement critique en termes de conséquences économiques peinent à produire des résultats. La seconde quinzaine de mai fut quant à elle peu bruyante sur le plan politique, sauf à mentionner que le président de la HAT (TGV) s'est rendue en Lybie et au Sénégal pour s'expliquer diplomatiquement sur la situation, à la recherche d'une reconnaissance internationale à même de rouvrir le robinet des subsides.

En juin, il faut admettre que la situation a peu évolué. Les négociations du groupe de contact international sont au point mort avec néanmoins une déclaration de M. Rajoalina (HAT) qui désirait conclure un accord entre les différentes formations politiques nationales avant la fête de l'Indépendance du 26 juin prochain, ce qui ne s'est pas fait il faut dire que les finances publiques sont exsangues depuis que les robinets des aides internationales sont fermés (sauf la France...). Les assises régionales qui font suite aux nationales d'avril se tiendront du 30 juin jusqu'au 3 juillet mais diverses mouvances dont celle de M. Ravalomanana n'y participeront pas ce qui ne favorisera pas un accord. De noter également que les intoxications du camp de M. Ravaolomanana sur son retour à nouveau promis sont allées bon train avec une (pseudo?) menace d'attaque militaire depuis l'étranger en vue de supporter le retour de l'ancien président (qui n'aura obtenu aucun soutien de l'étranger pas même en Afrique), somme toute fort prise au sérieux nationalement. Disons plutôt que c'est la guerre des tranchées, chaque camp voulant maintenant se positionner pour revenir dans le jeu politique. C'est bien cela qui coince : les aides internationales sont conditionnées par le retour à une légalité du pouvoir en vertu d'un calendrier électoral, et d'autre part amnistier et laisser les oppositions revenir dans le jeu (y c les expatriés du passé...) fragilise la position du camp de la HAT en cas d'élections, néanmoins pas encore d'actualités (18 mois après l'accord national à venir !). En l'état, le jeu est plutôt de se partager les bons postes et les rentes... Toutefois en cette fin juin, on peut estimer que M. Ravalomanana exilé et à la recherche de soutien - notamment en Lybie - semble perdre de son influence à petit feu dans les pays amis africains. L'usure du temps, seul allié sur lequel compter en ces temps présents, officiera peut-être...

En juillet, une éclaircie semble venir du président de la HAT : A la télévision malgache le 10 juillet, ce dernier revenant d'une visite à Bruxelles devant la CEE et suite à d'autres rencontres diplomatiques, M. Rajoalina conscient de la difficulté de toute avancée de négociations entre les partis et forces politiques à Madagascar s'est engagé à un référendum en septembre, et à la tenue des élections présidentielles en décembre 2009. Les termes du référendum n'ont pas été évoqués mais on peut subodorer l'adoption d'une charte de transition préalable ouvrant la voie des présidentielles. Cette annonce va dans le sens des "orientations préalables" de la communauté internationale à même de rouvrir le robinet des bailleurs de fonds. Toutefois, M. Rajoelina affirme que l'indépendance financière de Madagascar peut s'exonérer des préalables internationaux. Il faut certainement y deviner le soutien de pays du golfe arabe très actifs en ce moment sur Madagascar, dont notamment l'Arabie Saoudite en visite le 9 juillet à Tana.

En dépit de quasi-continuelles initiatives de concertations sous l'égide du groupe de contact international réunissant différents acteurs de diplomatie internationale africains et de l'Onu en vue de trouver une solution de fin à la situation de gouvernement transitoire actuel, il faut reconnaitre que pour toutes sortes de raisons des uns ou des autres, rien n'aboutit, voire aucune réunion ne se tient ou seulement avec la moitié des représentations prévues. Cette situation léthargique est préoccupante dans le sens où aucune solution consensuelle n'émerge et que d'autre part les positions se radicalisent. Probablement en relation avec ces perspectives de négociations, la journée du dimanche 19 a été l'occasion de tentatives d'attentats déjoués ou avortés accidentellement qui inquiètent la sécurité publique pour lesquelles aucune orientation ou revendication ne peut être retenue avec certitude : S'agit-il de courants politiques mécontents de ne pas être représentés aux négociations, de partisans extrémistes légalistes ou encore d'une manipulation politique ? - Les autorités prétendent avoir identifié les hauts commanditaires de cette menace parmi des anciens hommes politiques manifestement proches ou membres de l'ancien pouvoir.

 

Vers une sortie de crise politique : Adoption de la charte de transition vers la IVeme république

En août, au cours du week-end du 8 au 9 août les espoirs des rencontres de négociation quadri-partites ( nb : les 3 anciens présidents de la République élus -  André Zafy, Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana - et Andry Rajoelina de la HAT) à Maputo (Mozambique) ont enfin abouti à un accord pour un gouvernement d’union nationale pour une transition de quinze mois.

En clair, il s'agit d'un engagement à organiser le passage de la 3eme à la 4eme République sur la base d'une réforme constitutionnelle et de la tenue des élections législatives et présidentielles avant la fin de 2010. La transition actuelle, n'étant plus de fait, la transition d'un seul camp, mais devant être celle de toute une Nation.

Pour parvenir à cet accord que l'on peut qualifier d'historique tant il fut laborieux et qui aurait dû émerger depuis mars ou avril dernier, il aura fallu débattre de questions épineuses comme l'abandon des poursuites ou amnistie à l'encontre de Marc Ravalomanana pour les crimes de corruption et de détournements de fonds publics qui lui ont été reprochés par la HAT actuelle, sa possibilité de retour au pays et ce qui a été plus facile certainement sur le papier du moins, de convenir d'un bon esprit de transition empreint de tolérance et de réconcialition politique et sociale.

De fait aujourd'hui, il reste à modifier le gouvernement de transition pour en faire un gouvernement transitoire de coalition avec pour règle que chaque membre de ce gouvernement ne pourra être candidat aux présidentielles. Ainsi si Marc Ravalomanana en exil ne désire pas y participer ce qui augure son retour - différé - sur la scène politique au moment opportun, on ne connait pas encore les intentions de "Andry TGV".

Voila donc un pas important franchi avec retard certes mais qui répond à la pression montante du vahoaka malagasy (peuple malgache) pour que prenne fin cette période de confusion politique. Toutefois, il faut raison garder quant aux espoirs que peut susciter cet accord de Maputo, tant la coalition sera délicate et ne pourra être qu'une période instable pour parvenir l'aboutissement de la transition et en aucun cas une forme de gouvernement pour Madagascar. Il faudra aussi compter sur les dieux et les muses pour inspirer les coalisés improbables car pour l'heure les accords de Maputo se bornent concrètement à la négociation difficile des fauteuils gouvernementaux de transition, en une course effrénée d'intérêts particuliers. La rencontre nouvelle de "Maputo2" au cours de la dernière semaine d'août n'a pas satisfait à ses objectifs, a savoir la répartition des fonctions clé entre les quatre mouvances politiques, notamment pour ce qui concerne la désignation du Président de la transition et du 1er ministre revendiqués par le camp Andry Rajoelina et indisposant de facto le camp Ravalomanana. Un délai jusqu'au 4 septembre est accordé à "Andry TGV" pour rendre compte à son camp et prendre une décision raisonnable, a savoir que le même "parti" ne pourra occuper ces deux postes fondamentaux. Dure avancée à petits pas laissant augurer des difficultés sans nom dans les mois qui viennent...

En septembre, en tout début de mois il était clair que la communication de la position du camp Rajoelina au regard du maintien ou de l'abandon des prétentions de postes de la primature et de la présidence de la Transition, ne présageait pas l'abandon par  M. Rajoelina de ses prétentions à la présidence du gouvernement de transition et déjà les trois autres mouvances annonçaient s'opposer à son maintien quitte à menacer de créer un nouveau gouvernement parallèle marginalisant de facto le président actuel au nom du consensus acquis de Maputo1.

Il est extrêmement difficile d'anticiper les évolutions à venir. La crainte d'un brutal assombrissement de la situation et l'anéantissement des difficiles acquis de Maputo apparait bien réelle. La désignation du nouveau gouvernement de transition le 8 septembre semble avoir rallumé la mèche.

Ce gouvernement "d'ouverture", véritable innovation dans l'histoire politique de Madagascar vient d'être désigné. Si il représente de multiples courants politiques, y compris du précédent Président Ravalomanana ou de sa mouvance (Le Tim) et du courant des "légalistes", il reste "sous le contrôle" du président Rajoelina et de son premier ministre Monja Roindefo et seulement trois ministres auront quitté l'ancien gouvernement.

De fait, les mouvances Ravalomana et Ratsiraka n'auront pas tardé à réagir pour dénoncer l'unilatéralisme de l'initiative de M. Rajoelina et de fait le mépris des principes du consensualisme et "d'inclusivité" des mouvances politiques acquis à Maputo avec le risque de détournement définitif des financements étrangers. La mouvance de l'ancien président Zafy inaugure quant à elle de l'activisme politique d'opposition y compris en province et l'on sent poindre à nouveau la guerre personnelle des grands chefs après la phase d'illusion des accords de Maputo.

En cette fin de mois, la tension politique monte d'un cran avec le projet d'une grande manifestation cette fois "contre" Andry Rajoelina, voire d'une action plus brutale à l'endroit du néo-gouvernement de transition en faveur du respect des accords de Maputo. Déja les Etats Unis ont précisément rappeler qu'ils n'entendraient pas que les accords si difficilement acquis ne soient pas appliqués à la lettre.

Des lendemains qui risquent de déchanter rapidement pour le tout nouveau gouvernement et de générer encore un peu plus d'instabilité délétère.

En octobre, la situation politique demeure critique et la position de M. Rajoelina et de son premier ministre devient intenable en s'arqueboutant sur ses positions fermes de ne pas céder à la pression des autres mouvances de voir appliquer les termes des accords de Maputo. La réunion du Groupe International de Contact (GIC) du 6 octobre s'annonce difficile pour le président de la HAT et d'ailleurs une fêlure à la tête de l'Etat de transition s'annonce (la primature semble ne plus être en phase avec Andry TGV). Il est vrai que l'épisode de l'ONU de fin septembre (vote de refus de l'intervention de TGV à la tribune à New York) a considérablement réduit les prétentions de M. Rajoelina a obtenir la reconnaissance de la communauté internationale. Du séjour de 72 heures quasi secret du président Rajoelina à l'Elysée à Paris (dont rien n'a filtré) ne permet pas de présager si la France soutiendra la HAT le 6 octobre ou si au contraire Andry TGV a été convaincu de modifier sa posture.

Enfin, le 6 octobre,se sont mis d'accord les quatre mouvances politiques autour du GIC (dans lequel la France est présente en la personne de M. Joyandet) pour refonder le gouvernement de transition. "Exit" le premier ministre Monja Roindefo au profit d'un homme du courant Ratsiraka et de nombreux postes clé ont été répartis entre toutes les mouvance. Pour autant, l'ancien président Ravalomanana refuse la présidence de M. Rajoelina au nom de sa prise de pouvoir inconstitutionnelle. Ce prochain gouvernement de transition n'est qu'une façade rendue nécessaire par l'effondrement économique du pays et l'assèchement critique des finances publiques. Cette coalition intenable, sera source indiscutablement de perpétuels conflits jusqu'aux élections qui viendront si possible avant la fête de l'indépendance de 2010 (cinquantenaire) mais permettra de rouvrir le robinet des financements internationaux (déjà gelés depuis 6 mois) à même de soutenir le pays.

Plus les jours passent et plus la situation devient confuse. A ce jour (1er novembre) ce sont toujours 4 premiers ministres distincts que compte le pays et le conseil d'Etat refuse de trancher. Déjà on sent poindre la première effervescence des partis ou courants politiques en vue de la perspectives des élections l'an prochain (toujours non déterminées) ce qui ne fera que générer de l'instabilité alors que la coalition ne parvient pas à s'entendre et doit se rencontrer à nouveau à Addis Abeba début novembre pour une réunion de l'infaisable sous l'égide du groupe de contact international. Déjà Marc Ravalomanana déclare ne jamais signer le moindre accord à Addis Abeba si M. Rajoelina demeure le président de la transition, et une "cinquième mouvance" auto-déclarée (celle de Monja Roindefo, 1er ministre destitué restant en poste) veut entrer dans le jeu et s'imposer sur l'échiquier politique en commencant par une série de manifestations "pour la démocratie" depuis son fief de Tulear.

Un consensus populaire s'exprime couramment maintenant à Madagascar : si enfin l'intérêt supérieur de la nation l'emportait sur les intérêts particuliers pour obtenir un poste ou une place au soleil, la confusion politique cesserait. Mais c'est tout le contraire qui se passe.

En novembre, SORTIE DE CRISE DE PRINCIPE : la réunion des chefs de file des mouvances politiques de Madagascar qui s'est tenue au siège de l'Union Africaine à Addis Abeba du 3 au 6 novembre 2009 fait avancer significativement le déblocage de la situation par la création - sur proposition de M. Ravalomanana, de deux co-présidents de la HAT auprès de M. Rajoelina (Mouvances de M. Zafy et de M. Ravalomanana). De manière générale, un juste équilibre de tous les postes clés du gouvernement et des autorités de transition est prévue. Toutefois, à ce jour (30 novembre) la distribution des postes au sein du gouvernement n'est toujours pas effectuée malgré des promesses renouvelées d'achèvement, et de fait, Madagascar se trouve donc actuellement sans gouvernement pleinement constitué. Plus encore, la crise perdure en raison du blocage de M. Rajoelina concernant l'attribution de 11 ministères dont les plus "régaliens". Un émissaire de médiation international revient à Madagascar début décembre pour tenter de faciliter un compromis dans la formation du gouvernement, signe patent de l'échec de l'avancée des affaires internes.

Outre cela, l'engagement à mettre en œuvre maintenant les accords de Maputo dans leur ensemble, jusqu'aux élections l'an prochain, est acquis. Voila une nouvelle à même de totalement débloquer la situation politique au moins sur l'aspect institutionnel apparent et d'éviter les sanctions financières internationales qui devaient être prononcées en cas d'échec. Bien que le mois de novembre ait été des plus plat dans un épais brouillard de confusion politique, un compromis finira par être trouvé probablement bientôt. Toutefois, tout ceci sera en équilibre totalement instable d'autant que les premières ambitions pour les élections de 2010 en perspective commencent à se manifester.

En décembre, la formation du nouveau gouvernement de coalition bloque toujours sur 4 ministères à forte attractivité pour les mouvances. M. Rajoelina tenant de fait le pays semble jouer l'obstruction en refusant de se rendre à l'étranger pour en discuter avec les autres mouvances et se refuse absolument à toute nouvelle négociation sur la formation du gouvernement toujours non mis en place.

Pire encore, M. Rajoelina s'arroge les pleins pouvoirs de Président de la Transition en écartant toute concurrence, et fait preuve d'autorité malheureuse de blocage des trois autres mouvances en rejetant tout idée de triumvirat de présidents à la tête de l'Etat. Les tensions politiques avec les trois mouvances sont à leur combles en particulier avec le Pr Zafy pour faire bloc contre le président "TGV", ce dernier ayant d'ailleurs été victime d'un coup de feu contre son automobile. Dans le détail que nous ne rapporterons pas ici, il faut convenir que les épisodes sont plus épiques les uns que les autres et que le moins qui puisse être dit, est que cela n'arrange en rien les affaires du pays et inquiète chaque jour davantage sur la maturité des forces politiques malgaches au regard de la situation catastrophique du pays.

Il ne serait pas étonnant que la situation dégénère à nouveau, cette fois contre le président Rajoelina avec des actions de rue peut-être bien plus violentes qu'en début d'année si elles devaient avoir lieu. Madagascar n'est pas loin d'une telle situation : Exit les accords de Maputo et d'Addis Abeba arrachés si péniblement, balayés d'un revers de la main par M. Rajoelina qui s'arroge les plein pouvoirs et écartent toute revendication des trois autres mouvances, les relayant au rang d'opposants politiques à mater, exit le concept de coalition inclusive qui aura fait long feu.

Tout est ruiné à nouveau en cette toute fin de décembre hormis la date des élections législatives fixée au 20 mars 2010 unilatéralement, ce que refuse les autres mouvances au nom d'on ne sait trop quel principe de légalité. Toutes les règles constitutionnelles sont bafouées, il n'y a plus de parlement de longue date et la HAT dirige le pays par ordonnances. Et la situation a bien failli dégénérer devant l'assemblée nationale que voulait investir par le pouvoir de la rue le congrès des trois mouvances décidée  à s'arroger le pouvoir constituant pour chasser probablement M. Rajeolina. Les heurts avec les forces de l'ordre sont heureusement restés limités vu le peu de manifestants accompagnants les politiques insurrectionnels.

Tout cela risque de mal finir et voila le pays revenu à l'état de la mi-mars. Une seule contre-mesure permet d'espérer que la situation ne se règlera pas par la rue : la menace des sanctions internationales d'aide et d'appui pour le pays qui seraient prononcées en cas de dégradation nouvelle et dont personne ne voudrait (seul point de consensus entre les parties). Toutefois, la communauté européenne via son représentant statutaire pour Madagascar menace de sanctions prochaines bien que la France qui soutient le régime actuel s'évertue à en repousser la décision.

2010

En janvier 2010, la situation politique fut plutôt calme contrairement à ce que le mois de décembre laissait redouter. Il n'y a que la question de la trop grande précocité des élections de mars qui a mobilisé les énergies. Bien que la date du 20 mars reste d'actualité pour les élections législatives, la possibilité d'un report est envisageable si l'établissement des listes électorales et l'organisation des élections ne peuvent être opérées dans de bonnes conditions. Il apparait maintenant consensuel que seules les élections permettront de sortir de la crise, même si la Présidence de la Haute autorité de Transition ne serait remise en cause avant les élections présidentielles : ce n'est que le premier ministre de la HAT qui sera désigné à la suite du scrutin. La question politique demeure donc toujours de la présence à la tête de l'Etat d'un "putschiste" depuis plus d'un an, possiblement de deux... Toutefois, M. Rajeolina n'entend plus débattre de cette question et s'impose au pouvoir.

En février, la situation politique est demeurée calme mais la situation politique de la HAT et en particulier de M. Rajoelina devient précaire. Petit à petit, tous les acteurs politiques nationaux ou internationaux se détournent de celui qui en pratique a fait le déni de l'application des accords de Maputo qu'il avait lui-même approuvés alors qu'un constat global d'échec patent voit le jour au regard du désespoir que l'on peut qualifier de définitif maintenant, de non reconnaissance internationale. Pour l'exemple, en ce début de mois, la CEE à l'initiative de députés européens clamait la mise au ban du régime de transition en rappelant les obligations des accords de Maputo en prenant une résolution officielle en ce sens, tout comme l'Union Africaine dont la présidence ne revient plus à Kadafi (Libye) a pris définitivement ses distances et pratique la politique de la chaise vide devant la HAT. M. Rajoelina probablement juste soutenu par la France, suite à sa visite réputée privée à Paris, n'a plus guère de soutien. L'heure des sanctions internationales - sans cesse repoussées d'ultimatum en menaces - va maintenant sonner, alors que la perspective de ces sanctions renforcent les craintes des conséquences délétères sur la population malgache qui n'a pas besoin de cela. Aujourd'hui certains éditorialistes évoquent un effondrement de la HAT comme un château de cartes d'autant que la perspective des prochaines élections législatives en vue de l'élection d'une assemblée constituante (prévues maintenant en mai 2010) suscitent quelques agitations des politiciens à la recherche d'un appui populaire. Des convergences nouvelles fondées notamment sur le "mouvement des ecclésiastiques" tentent de manifester publiquement malgré l'interdiction faite. La HAT s'entête malgré les très mauvais résultats de son bilan d'un an qui a précipité le pays dans une situation grave et critique sur presque tous les plans d'observations. Jusqu'à quand, un gouvernement illégal peut-il résister seul et contre tous ?

En mars, la situation devrait évoluer puisque le 16 mars est la date butoir pour que le Groupe International de Contact, représentant la communauté internationale, se prononce sur les sanctions contre Madagascar en raison de l'entêtement de la HAT à ne pas vouloir appliquer les accords de Maputo. Toutefois, selon les rumeurs, une fois encore, la menace serait repoussée d'un mois, ce qui finalement conforte la HAT à ne pas se plier aux accords qu'elle a elle même signés.

La situation demeure donc totalement statique et n'évolue en rien. Les jours s'écoulent et rien ne se produit, hormis de constater que la détresse économique se poursuit par l'effondrement des importations (notamment de Textiles liés à la sortie de l'AGOA (accord de commerce avec les USA)) depuis décembre, la chute des entrées de devises conséquente également due à la faiblesse du tourisme international qui perdure, alors que le coût des importations - notamment de l'énergie - qui ne cesse de "pomper" les réserves de change. Petit à petit, le pays s'enfonce toujours un peu plus dans son isolement tant politique qu'économique pour lequel on ne voit poindre aucune sortie.

En avril, l'union Africaine a finalement prononcé (17 mars 2010) des sanctions contre Madagascar voulues ciblées contre la HAT (105 personnalités) pour entrave au processus de sortie de crise. Sont ainsi inéligibles les demandes de visa vers les pays d'Afrique membres et les avoirs éventuels des membres de la HAT sont gelés, tout comme des refus d'accréditation auprès d'organisations internationales

En réponse, la HAT par son président a rendu la monnaie de la pièce à l'identique et il a été déclaré bien publiquement, que ces sanctions ne faisaient "ni chaud ni froid" (sic)

Face à cette situation où toutes les positions sont verrouillées par la rigidité de la HAT, un évènement début avril est à signaler par le limogeage soudain du ministre de Défense malgache, soupçonné de fomenter un coup d'état en secret au profit d'un directoire militaire, d'autant qu'un conteneur d'armes a été saisis au port de Tamatave très récemment. Cette péripétie n'est rien en soi sinon que ce ministre limogé déclare s'accrocher à son poste avec le soutien de son armée ce qui est de mauvaise augure. Il n'aura pas fallu attendre plus tard que le dimanche 18 avril pour qu'un coup d'état militaire d'obédience Ravalomanana visant la prise de la primature (1er ministre) soit avorté.

En l'état, on peut considérer que l'opposition, ou plutôt les oppositions sont dans les starting-blocks pour reprendre la main par des actions de rue dont on sait tout le potentiel de dérive que cela entrainerait d'autant que toute manifestation est par avance interdite. Est-ce cela qui motiverait la diplomatie française à conseiller (en sous-mains) Andry Rajoelina  de rencontrer Marc Ravalomanana en exil en Afrique du Sud pour tenter de désamorcer une situation interne de plus en plus critique ?

La situation est très fragile pour la HAT et la colère larvée gronde de plus en plus sur tous les territoires d'expression libre. La HAT aura t-'elle le temps d'être sauvée par la tenue des élections législatives dont on ne connait rien du calendrier déjà maintes fois modifié ?

En mai, la situation qui prévaut concerne l'échec prévisible de la rencontre à Prétoria fin avril entre Andry Rajoelina et Marc Ravalomanana en concertation avec les autres mouvances politiques malgaches et à l'initiative de la France et du président Sud-africain.

Face à ce constat de statu quo et bien qu'il est question d'une prochaine entrevue ultérieurement en mai, l'armée malgache s'agite tant par certains officiers supérieurs que par un mouvement de sous-officiers dont on sait l'influence qu'ils ont sur leurs troupes, étant entendu que les sous-officiers n'agissent probablement que sur ordre (et/ou financement...) de certaine part de leur hiérarchie supérieure. La poussée militaire vise à faire pression sur le président de la HAT soit pour établir un gouvernement de transition militaire soit pour provoquer des élections urgemment.

Ces élections de toutes natures (Référendum de constitution pour la 4ème République, législatives et les deux tours des présidentielles)  sont maintenant prévues pour le second semestre 2010, entre la mi-aout et le début décembre. Compte tenu des reports incessants et des promesses déjà faites non tenues à ce sujet électoral, il peut être émis des doutes sur l'acuité de ces dates.

Dans l'attente, Andry Rajoelina déclare vouloir constituer très vite un nouveau gouvernement de transition véritable préparant les élections. Mais la crédibilité du président de la HAT est mise à mal y compris au sein de ses propres ministères dont il est fait clameur publique de son incompétence de plus en plus notoire et dont il est reproché d'être télécommandé par Paris, ce que ces voltefaces multiples depuis plusieurs mois accusent.

Il n'est vraiment pas certain que le temps laissera le Président de la Transition accomplir ses manœuvres et mettre en place ses projets : non seulement l'état est en quasi-faillite dont il semble que seule la France attribue des subsides pour faire face aux échéances publiques, et la population ou son armée pourrait prendre la main sans délai. Le feu couve.

C'est certainement pour cette raison que le Président de la Transition a pris tout le monde de court pour fixer la date du référendum constitutionnel au 12 août 2010, les élections législatives au 30 septembre 2010 et les élections présidentielles au 26 novembre 2010. D'ici août une consultation à caractère national servira à définir les bases de la Constitution de la IVe République. Enfin, il a déclaré ne pas vouloir être candidat aux présidentielles. Dans l'ensemble, la classe politique a bien accueilli ces résolutions, sauf naturellement du côté de Marc Ravalomanana qui y voit une manœuvre court-circuitant les [feu..] accords de Maputo et risquant de remettre le pays à feu et à sang en raison de la non réconciliation des courants forces et organes (telle l'armée) du pays.

Mais le feu a failli prendre le 20 mai : un petit groupe d'une centaine de gendarmes du FIGN autour d'officiers supérieurs mutins élargi à quelques civils et ecclésiastique a pris les armes à Fort Duchesne (camp militaire à Tana) visant à renverser le pouvoir de Transition, mais l'initiative a été matée dans le sang par la gendarmerie "légaliste". Une petite alerte qui signe a quel point les ambitieux, les impatients ou les partisans espèrent tirer les marrons du feu de la situation politique confuse et dont il n'est pas sûr que cette mutinerie soit commanditée de l'extérieur de la Grande île mais plutôt par des intéressés locaux camouflés qui aurait financé la mutinerie.

Aussitôt le pouvoir en place a réagi en procédant à une entrée de 10 militaires de haut rang au gouvernement, espérant ainsi en offrant ces "charges lucratives" calmer la nervosité ambitieuse des militaires. Mais tout ceci n'est qu'une manœuvre tactique qui ne traite rien du fond."

En tout état de cause, il est plus que temps d'avancer, et l'avenir dira si ces nouveaux rendez-vous qui ont chassé la promesse des élections en mars 2010 puis en mai, ne seront que feu de paille ou réalité. Les paris sont ouverts !

En juin, la situation est demeurée statique globalement sur fond de désabusement général pour l'ensemble des malgaches. En province notamment à Manakara et à Toliara, des tensions politiques y compris de rue se manifestent sporadiquement suite à l'éviction de maires réputés corrompus par le pouvoir en place. Toutefois ces tensions sont à la source davantage une réaction propre à la perte d'une situation individuelle qu'à une réelle mobilisation pour l'intérêt général.

La promesse du grand référendum d'approbation de la nouvelle constitution de la future IVème république est de facto une fois encore différé sine die pour cause de constitution non encore aboutie dans sa rédaction dans l'attente de contributions de certains groupes qui ne peuvent y procéder eux-mêmes. Un cercle sans fin qui conduit de facto la Transition actuelle à faire durer la situation au mépris des engagements pris et déjà maintes fois repoussés.

Seul temps fort de ce mois de juin, la fête du cinquantenaire de l'Indépendance les 25 et 26 juin offerte au peuple malgache auquel l'ambassadeur de France a assisté pour l'occasion du grand défilé militaire. Cette présence dont il fut un temps douteux qu'il y assistât compte tenu du caractère putschiste du gouvernement de transition était en fait indispensable en raison de la présence de 40 soldats malgaches au défilé du 14 juillet en France cette année pour rendre honneur aux diverses indépendances d'ex-Etats coloniaux en 1960. Toutefois, Andry Rajoelina ne fut pas invité au défilé des champs Elysées.

Globalement, le pays poursuit inexorablement son processus d'implosion interne de masse où la corruption semble constituer plus que jamais le dénominateur commun entre tous en dépit des effets d'annonces sans suite.

 

En juillet et août, la situation est calme et demeurée statique globalement. Aucun élément significatif n'est à signaler. Précisons néanmoins le dernier calendrier connu (en date du 11 août) propre aux futures élections établi sur concertation de 88 partis politiques:

Mois d'août : conférences régionales

30 août au 3 septembre : conférence nationale

Mois d'octobre : préparation du referendum constitutionnel (Passage à la IVème République)

17 novembre 2010 : referendum constitutionnel

Avril 2011 : campagne présidentielle

13 avril 2011 : Elections législatives

1er juin 2011 : 1er tour des élections présidentielles

Ce calendrier maintes fois modifié et surtout différé permet d'induire que le président putschiste Andry Rajoelina sera resté au pouvoir en dehors de toute légalité et en l'absence de parlement durant deux ans et demi. C'est bien cela que condamne la communauté internationale et sur cette question que porte l'ambigüité de la position française en dépit d'une condamnation de principe

La situation restera critique et fluctuante jusqu'à la dernière échéance électorale et entretiendra des velléités et aspirations individuelles durant toute cette période dans l'espoir de décrocher quelques influences aux prochains tours de table de remise de responsabilités.

 

SITUATION ECONOMIQUE CATASTROPHIQUE : Economiquement l'année 2009 a été catastrophique sur fond de crise mondiale avec une croissance proche de 1% (9% l'année précédente) en partie causée par  l'effondrement des exportations et du tourisme international (en chute de 50% sur l'année) source de devises conséquente sur Madagascar. Les taux d'occupation des hôtels n'auront pas excédé 40% en 2009 ce qui semble être un chiffre très optimiste vu les fermetures d'établissements constatée (baisse de 70% dans la location de voitures par ex) et de nombreuses fermetures d'entreprises liées aux grèves de février et mars 2009 dont la cessation d'activité de TIKO, (premier fournisseur de produits alimentaires de premières nécessités aux mains de l'ancien président) victime de "pogroms" à répétition à titre de règlement de compte et ayant mis sur le carreau quelques milliers de fermiers. Des rumeurs de cessation de paiement de l'Etat malgache circulaient encore au début mai (réactivées depuis fin septembre 2009) et nuisent considérablement au crédit du gouvernement transitoire alors que la compagnie aérienne Air Madagascar se trouvait en cessation de paiement à fin mars mais néanmoins supposée compensable puisque les vols de nuit ont repris le 6 juin 2009, tout comme des projets d'ouverture de nouvelles liaisons permettant de joindre depuis l'étranger de nouvelles villes directement est à l'étude. Au vue des dernières tendances, l'économie qui commençait à reprendre quelque vigueur après les mois difficiles du premier trimestre se replie douloureusement. Après 12 mois de difficultés économiques liées à la situation, c'est déjà presque 200000 emplois qui ont disparu (et les perspectives sont très mauvaises) avec toutes les conséquences sociales que cela engendre et l'on annoncait un effondrement de l'Ariary à possiblement 3500/1euro pour la fin de l'année (En fait 3000 ariary constaté "en pointe") avec une inflation de 20% officiellement de 9,6% en rapport. Depuis le début de l'année 2010, la situation plonge un peu plus chaque jour selon un rythme lent mais affirmé.

Enfin, il convient de remarquer que la situation actuelle économique et politique à Madagascar fait la part belle à la corruption généralisée qui perturbe encore davantage le climat des affaires et détourne les investisseurs de tout bord. La situation sera difficile à remonter pour les années à venir.

* TGV : Tanora Gasy Vonona (Mouvance d'origine de M. Rajoelina) - HAT : Haute Autorité de Transition

 

De l'exégèse à l'intelligence économique

La position de la France dans cette Affaire Malgache a été très critiquée à Madagascar pour son soutien manifeste avant l'heure en faveur de TGV d'autant que le rappel de l'Ambassadeur de France à Tana opéré à la demande insistante du président Ravalomanana en juillet 2008 (qui n'avait pas été remplacé jusqu'au jour même de l'investiture de TGV !), rendait flagrant un désaccord entre les deux pays.

Quelle était la nature de ce désaccord ? : Les raisons qui pourraient être recherchées, concernent probablement davantage des dimensions économiques qu'autres. Madagascar qui demeure une zone d'influence française depuis la décolonisation fut mise en pièces par l'ancien président Ravalomanana (réputé pro-américain et ultra-libéral en ce sens) qui n'ayant jamais accepté que la France ne l'ait pas soutenu lors de son arrivée au pouvoir en 2002 s'était efforcé d'écarter les intérêts français sur de grands projets ce qui a laissé de l'espace et partenariats à d'autres pays (Allemagne, Chine, USA). D'ailleurs, Le 27 mai 2009 encore, Marc Ravalomanana depuis son exil en Afrique du sud s'en prenait violemment à la France, à l'occasion d'un discours public retransmis à ses partisans à Tana, d'avoir fomenté en sous-mains le coup d'Etat ayant entrainé son départ, tout comme de vouloir réduire Madagascar à la botte des intérêts français. De vilaines rumeurs (infondées ?) font état que l'odeur du pétrole à Madagascar (Total a investi massivement avec Madagascar Oil dans une société d'exploitation de grès bitumineux en septembre 2008 - Voir : http://fr.allafrica.com/stories/200809180005.html) aurait requis une nouvelle donne politique plus favorable aux intérêts français et plus en phase avec les intérêts de la bourgeoisie Merina traditionnellement fidèle aux affaires post-coloniales avec les français. Les mauvaises langues qui se risquent à avancer que la protection de TGV par la France durant les évènements aurait à voir avec les intérêts du groupe pétrolier font-elles fausse route bitumineuse ?

En tout état de cause, le secteur du pétrole va bon train à Madagascar tant pour les eaux du canal du Mozambique que pour les zones terrestres : Seize sociétés majeures investissent chacune de l'ordre de 200 MUS$ en prospection actuellement ou préparent des mises en exploitation à partir de 2020 qui impliquent outre Total, Exxon (US), Suntec (RPC) ou encore Wilton (GB) ou Candax (CND). Madagascar sera sous dix ans un pays producteur de pétrole, et déjà depuis 2008 les premiers barils sortent chaque jour de Tsimiroro (Moyen-Est de la grande île) grâce à la mise en œuvre de nouvelles techniques d'extraction d'huiles épaisses. Madagascar également prépare une demande d'extension de ses eaux territoriales auprès de l'ONU de sorte à se prémunir d'une captation de zones maritimes pétrolifères par des puissances étrangères.

Toutefois les enjeux ne portent pas seulement sur le pétrole, mais sur tous les produits miniers possibles comme la bauxite (aluminium), l'ilménite (titane), l'uranium, le charbon, le fer... autant de ressources minières qui attisent la convoitise des investisseurs du monde entier (déjà implantés pour certains) qui misent sur un lobbying politique propre pour accéder aux concessions minières, sources fondamentales des tensions politiques internes dans la perspective de la mutation du pouvoir et des hommes politiques qui accèderont aux commandes publiques en 2010-2011.

Il y aurait également beaucoup à exposer concernant les questions de géostratégie économico-politiques de la France sur cette région de l'océan indien pour être complet. Pour ne citer que la départementalisation de Mayotte depuis fin mars 2009 (alors même que l'ONU en 1974 a fermement condamné par résolutions expresses le référendum d'annexion de ce territoire à la République au mépris du Droit International relativement au morcellement territorial du vote), l'extension des zones de souveraineté nationale maritime autour de chaque ilet (au delà des 200 miles nautiques de la Zone Economique Exclusive) sur le plateau continental marin riche de ressources halieutiques et de nodules polymétalliques; ces mêmes nodules constituant au niveau mondial une réserve de 500 milliards de tonnes de métaux - dont le cuivre - dont l'épuisement de la ressource terrestre sera atteint d'ici environ 25 ans.... Des enjeux économiques d'avenir, qui ont été stratégiquement évalués, et qui ne peuvent qu'être rapprochés par analyse systémique en un ensemble cohérent, expliquant l'engouement de la France pour cette région et son activisme sur Madagascar notamment. La France voit loin pour récolter les meilleurs fruits dans le futur : l'ancien président malgache Didier Ratsiraka, d'opposition, en exil en France depuis 2002 (et dont son neveu Roland ancien maire de Tamatave est toujours politiquement très actif sur la côte Est), s'est vu transporté par la France par avion spécial à la réunion de sortie de crise à Maputo (voir plus haut). Qui peut parier que le clan Ratsiraka ne reviendra jamais au pouvoir ?

 

Orientations pratiques aux adhérents et futurs adhérents Frantza

Pratiquement, fallait-il et faut-il repousser son "voyage Frantza" à cause de la crise ?

La réponse tout au long de ces derniers mois a toujours été indiscutablement NON et avait été confortablement argumentée dans cet article, d'autant que deux adhérents Frantza se trouvaient à Madagascar au plus fort de la crise politique (février/mars 2009) et n'en avaient nullement souffert (bien au contraire !). Depuis le début de la crise et jusqu'à fin juin 2009, il y a toujours eu des adhérents Frantza à Tana pour organiser leurs mariages ou rencontrer leurs fiancées. A la suite, les voyages réalisées, y compris les deux derniers de Frantza en janvier et février 2010 ont été confortables et la sécurité est de fait dès lors qu'on prend soin de ne pas exposer ses valeurs au grand jour. Des adhérents Frantza se rendent par ailleurs régulièrement à Madagascar.

A fortiori, aujourd'hui, toute inquiétude n'est plus de mise et en 2010, la compagnie aérienne Corsair Fly ayant prévu une reprise du tourisme sur l'île et augmentera ses rotations à 5 vols hebdomadaires tout comme Air Madagascar étend et modifie ses plans de vols pour desservir de nouvelles destinations périphériques.

Pour être complet, il convient de signaler que l'insécurité gagne du terrain, à mettre en relation avec la montée du chômage et des grandes incertitudes économiques. Il faut prendre en compte que les bandits de grand chemin rendent les voyages nocturnes plus incertains actuellement. En tout état de cause, les adhérents Frantza sur les bons conseils de leur fiancée sauront prendre toutes mesures préventives utiles à leur tranquillité durant leur séjour. Comme partout ailleurs dans le monde, quelques mesures simples et de bon sens permettant de ne pas attirer l'attention sur soi suffisent à se garantir. Après avoir passé quinze jours à Tana en janvier puis un second séjour en février 2010 et circulé à pied largement dans tout le centre ville, il n'y a pas lieu d'alarmer sur un risque particulier en journée du moins. Par ailleurs, une fraction de la population suit un courant nouveau de moindre coopération avec les français exploité par certains politiques malgaches essentiellement fondé sur l'ambigüité de la France dans cette crise malgache sur fond éternel de "Françafrique".

Consultez naturellement le site du Ministère des Affaires étrangères sur les conseils aux voyageurs pour Madagascar, MAIS - devoir de conseil et de prévention obligeant  - ces informations globales suscitent des inquiétudes disproportionnées à la réalité objective des faits (comme pour de très nombreux autres pays d'ailleurs...). A contrario, des milliers de français expatriés vivent en sérénité et en paix depuis des années à Madagascar "comme nulle part ailleurs" alors que les conseils du MAE s'adressent de manière privilégiée aux touristes n'ayant aucune culture de l'île.

De manière générale, la vie ordinaire a toujours conservé son cours, tout juste perturbée durant deux mois en février et mars 2009 (à peine) pour monsieur et madame tout le monde, les malgaches de Tana étant lassés dans leur grande majorité de cette situation lancinante qui ne leur a rien apporté de profitable.

Face à la faiblesse de la destination depuis un an et demi, il y a d'excellentes opportunités à saisir dans le tourisme hôtelier largement touché par la crise et prêts à consentir de grands rabais avec une fréquentation en 2009 de -70% par rapport à 2008.

Actuellement, les prix des vols aériens oscillent par vagues alternées entre des prix tout à fait excessifs avec escales de "remplissage" en pays tiers pour des durées de voyage "démentielles" (ce qui n'existait pas avant la crise) à des heures totalement inconfortables, et des prix les plus bas possibles en vol direct sur la meilleure compagnie (Air Madagascar) et aux meilleurs horaires, sachant que de toutes manières les avions peinent vraiment à se remplir depuis un an et demi.  Fort de son expérience, Frantza conseille habilement ses adhérents pour leur permettre de réserver un vol direct A/R à moins de 800 euros souvent introuvables en ligne.

Les visa touristiques (58€) sont également délivrés gracieusement encore pour 2010 (normalement jusqu'à la fin de l'année) pour les séjours d'un mois au plus. Avis aux amateurs !

Françoise, MAJ le 13 août 2010

Frantza.com

Nota : Les analyses ou exposés tels que figurant dans cet article n'engagent que son auteur, mais se veulent résolument sincères et objectifs dans le but de fournir des éléments d'appréciation pour les adhérents Frantza actuels et futurs.